Bright
lights, big city
Pour cette série, mon idée était de magnifier des textes de blues pour les hisser au rang d’oeuvre d'art. Certains d’entre eux sont de la poésie pure. Et je trouve qu’on ne le dit pas assez. On tape du pied, on dodeline de la tête en savourant la basse. C'est si cool de s'envoler avec les guitares et les harmonicas qui font pleurer. C'est si bon ces merveilleux pianos et tous ces cuivres de lumière. C'est tellement beau.
Mais ces voix de velours tachées de whisky, qu'est ce qu'elles disent littéralement? Vertige. Voici la deuxième partie. Les mots.
Ces mots, j'ai eu envie de les écrire sur mes toiles pour les sublimer, faire rouler ces diamants sous mes doigts, moi aussi.
Cette "deuxième partie", c’est celle qui demeure obscure et qui, une fois déchiffrée, apporte la joie immense, le frisson ultime.
Simplicité. Dépouillement. Trois accords - comme les trois couleurs primaires (!) - alliés à ces textes sobres. Un réservoir inépuisable pour dire la souffrance comme la joie. Etonnant. Lumineux. La correspondance, elle est là. Avec ça, tu dis tout, c'est ça que je cherche depuis toujours dans mon travail de peintre.
Restent les mots… j'ai voulu qu'on les voit. d'où ce geste capital de les écrire littéralement, gravés pour "not fade away", griffonnés, crayonnés ou peints ailleurs...
Je travaille à l'instinct. je m'imprègne du ressenti de la pièce que j'ai choisie et j' y vais, ne me souciant plus que des masses de couleur, de la composition générale de la toile, en ménageant des places pour les mots, en faisant leur lit en quelque sorte. à ce moment-là, seule la couleur et son festival me portent.
Mais les mots me narguent, m’interpellent. Je m’en saisis, je les explose, les rogne, les bouscule. Ils perdent leur sens littéral et symbolique, deviennent des signes, des éléments libres de la composition. Puis je fais briller avec le noir, et ajoute parfois la "blue note" pour faire sonner l'ensemble...
Je ressens alors l'émergence d'un autre rythme… le jazz malgré moi ?
le jazz, ça part d'une phrase de blues. le musicien de jazz en fait ce que je tente de faire avec les mots sur mes couleurs . Il l'étire, la transforme, lui impulse d'autres rythmes. il prend toutes les libertés. Il improvise. Nous nous rejoignons ici. instinct et spontanéité. Plaisir et liberté. Nous y voilà !
OP
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