
L'atelier d'Oli
Quatre portes. Quatre portes vitrées. Quatre portes comme quatre points cardinaux. Deux bleues s’élancent vers le ciel, une jaune et une rose régulent la circulation des courants d’air dans l’appartement atelier.
Les bleues, celles qui donnent sur le dehors sont condamnées. Elles encadrent de part et d’autre la verrière qui surplombe la terrasse, petite plate-forme dans le ciel, chaude et lumineuse, offerte aux pigeons.
La jaune donne dans la chambre, appendice douillet de l’atelier, lieu de repos, de plaisirs, mais aussi de travail : photos et travaux imprimés, dossiers, ordinateurs et outils informatiques, étendent leurs ramifications, se glissent subrepticement sous le lit, envahissent le dessus des meubles, tentent d’occuper le fauteuil, territoire âprement défendu par Jojo la petite chienne/gardienne.
La rose dessert le couloir qui distribue les autres pièces de la maison. Elle est celle par laquelle, après le rituel du thé ou de la grenadine dans la petite cuisine, le visiteur entre dans l’atelier.
Entrez ! Entrez dans l’atelier, cœur de la maison, théâtre aux multiples scènes : domaine du peintre (étagères de livres et cartons à dessins, empilement de cadres, toiles, châssis, tableaux) laboratoire d’alchimiste (établis où s’alignent, rangés avec un soin méticuleux, les pots de peinture, de pigments, de colle, les forets de pinceaux, de craies, feutres et crayons, les boîtes à vis, à clous, à paillettes) salon de musiques (chaîne stéréo, piles de cd, rock, blues, guitares et amplis ) chantier de
bricoleur (bric à brac de caisses à outils d’où s’échappent tournevis, serre-joints, pinces, perceuses, prises multiples, fils électriques et rallonges qui s’emmêlent et courent sans fin sur les murs et le plancher) fabrique de mouches (mystérieux coffrets renfermant des trésors, fils de soies, aiguilles, hameçons, plumes et poils aux couleurs chatoyantes)…
Murs caméléons enfin où s’accrochent au gré des vents les tableaux, les toiles, les feuilles. Les œuvres mouvantes et vivantes parcourent l’espace, portées par les courants. Pour elles pas de portes, tout leur appartient. Elles voyagent dans l’atelier, la maison, cherchent leur place, se laissent regarder et redécouvrir dans l’ombre des couloirs, s’infiltrent dans la lumière tamisée de la chambre, s’égarent dans la cuisine, refont un petit tour dans l’atelier pour s’épanouir dans la lumière de la verrière ou se font oublier en se cachant dans les empilements du mur de gauche. Celles qui demandent à être retravaillées ou qui sont encore en chantier viennent s’accrocher pour une heure, trois jours, un mois sur le mur de droite. Mur de travail, lieu d’expérimentations, de doutes, d’éblouissements, de déconstructions, de métamorphoses et de créations.
LLQ. 2004.
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