
VIVA LA PEINTURA
«Viva la Peintura » : ce cri de jubilation s'étale comme une révélation dans l'un des premiers tableaux d'Olivier Person, qui dit être venu à ce
médium presque par hasard, au détour d'une rétrospective de l'oeuvre de
Robert Malaval, qui l'a frappé au coeur.
Dès le début donc, la peinture est inscrite au centre de son art. Et c'est bien à l'épanouissement d'un dialogue entre le peintre et ses outils que
l'on assiste dans son parcours : d'une maîtrise de l'artiste sur ses
créations, on évolue vers une collaboration entre le geste du peintre et les
matières qu'il utilise.
L'expérience de l'enfermement puis de la libération, que traduisent les carnets de Fontainebleau, joue le rôle d'un catalyseur : l'artiste prend conscience des lignes de force qui sous-tendent sa pratique et c'est désormais à partir de ces principes fondamentaux qu'il va construire son
travail. L'utilisation d'un tracé unique, sans retour ni retouche possibles, la confrontation à l'exigence de l'irréversibilité, sont les contraintes
premières qu'il cherche ensuite à approfondir, à comprendre, à développer.
Ce qui est au centre de cette intuition originelle du peintre, c'est la
nécessité de laisser une part de la création au hasard, à ce que le créateur lui-même ne pouvait imaginer, pour ouvrir l'oeuvre à une dimension qui dépasse l'humain. Le plaisir du peintre comme celui du spectateur réside dans cet émerveillement toujours réactivé en face de cet Autre qui vient du peintre, et qui pourtant le surprend lui-même que la peinture peut parfois révéler. Il y a là pour chacun, créateur ou spectateur, un mystère insondable, une magie, qui fait de l'art le lieu privilégié d'émergence d'une forme de sacralité.
Dans les premières oeuvres, plus figuratives, le trait est ferme, parfois géométrique. Les dessins aux crayons de couleur réalisés à Fontainebleau donnent naissance à des toiles qui, dans l'espace investi à l'Atelier Populaire, se développent en grand format, et permettent au peintre des essais de matières et de techniques.
A partir de la série « petites foules », à l'Usine Ephémère, le trait se
libère, laissant le pinceau accompagner le geste spontané du peintre.
L'artiste joue avec l'absence de maîtrise, flirte avec le hasard, pour
saisir dans son oeuvre une part de cette émotion vive qu'il ressent face au monde. Il s'agit pour lui de susciter l'imprévu, ce « cadeau » de la peinture, qu'il est ensuite libre d'accepter ou de recouvrir.
Les empreintes sont une technique récurrente emblématique de sa démarche : réalisé de façon très lâche au moyen d'une grosse seringue, le tracé échappe en partie au contrôle de l'artiste au moment où la peinture s'applique sur le support.
Dans les « tableaux malades », Olivier Person va jusqu'à donner vie à son oeuvre : la force corrosive du goudron permet un développement organique du tableau, qui évolue alors en totale indépendance ; spectateur de sa création, le peintre assiste impuissant à son évolution. Olivier Person laisse donc peu à peu sa création le guider.
Comme dans un mouvement de vases communicants, le retrait du peintre rend alors à la matière du tableau toutes ses potentialités expressives. Parce qu'elle garde la trace du mouvement spontané qui lui a donné forme, et parce qu'elle est elle-même capable d'une évolution autonome, par l'alchimie de ses composantes ou l'effet mécanique de son poids, la peinture devient pour Olivier Person le moyen de saisir du vivant.
Tout le travail du peintre consiste à façonner des tableaux, tout en
préservant cette force expressive de la matière, à composer en privilégiant la spontanéité du geste sur le calcul de l'intellect.
« Peindre comme un enfant » : le souhait exprimé par Picasso sonne alors comme une devise. Pour que l'interaction entre le peintre et ses outils ait lieu, il faut que le geste de l'artiste reste ouvert. Travailler à partir des trois couleurs primaires, chercher une forme de naïveté dans le trait, s'éloigner du figuratif pour ne pas fermer le sens : en cherchant à mettre en place une économie des moyens, le travail d'Olivier Person se fait toujours dans la tension fragile entre l'intention de l'artiste et son désir de laisser apparaître ce que la conscience ne peut appréhender.
Trouver le juste équilibre entre maîtrise et spontanéité, entre pensée et émotion, entre présence et retrait, tel est le tâtonnement qui est au principe de son art.
Tiphaine Karsenti. 2004.
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